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Analyse critique par Modeste BOUKADIA de l'action gouvernementale au terme du septennat |
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Publié à Brazzaville dans "Le réveil des Consciences", édition N°17 du jeudi 16 octobre 2008
Le Message sur l'état de la Nation que le Président en exercice a lu, le 15 août dernier, devant les corps constitués de notre Nation et les représentants des Nations étrangères à l'occasion de la commémoration des 48 ans d'indépendance de notre pays, laisse un goût d'amertume et de déception. Ce Message est en quelque sorte un « aperçu global » du bilan de l'actuel Président. Voire son testament politique ! Dans ce Message/Bilan/Testament, il n'y a pas eu un seul un mot de l'Histoire du pays depuis qu'il a accédé à la souveraineté. Comme si l'existence du pays de nos Ancêtres que nos Pères Fondateurs nous ont légué aurait commencé à la « terrible commotion » que le peuple a enduré voilà onze ans. Ce qui est pour le moins quelque peu réducteur, d'autant que le PCT qui a encore aujourd'hui la gouvernance effective est celui-là même qui, au moyen des armes, a renversé et mis à genoux le gouvernement de l'époque en conduisant le Congo « au bord de l'abîme » en le réduisant à « un amas de ruines, un tas de cendres » dont la responsabilité ne saurait échoir qu'à ce parti et à ses apparatchiks. Aussi, nous devons bien prendre acte de la déclaration solennelle du Président en tant que garant et « clé de voûte des institutions » s'engageant avec conviction que le Congo « a relancé le processus démocratique garantissant au peuple souverain la plénitude de ses moyens dans le libre choix de ses gouvernants...aujourd'hui que l'Etat est rétabli dans son existence et sa permanence ». Il nous faut aussi tous prendre acte de la relance de ce processus démocratique ; et nous savons gré aux forces armées congolaises, à la police et à la gendarmerie nationales ; bref aux forces de souveraineté d'en être le vecteur qui garantit la liberté et la paix intérieures ; ce qui mérite bien évidemment « l'hommage et la reconnaissance de la Nation ». Mais est-on certain que tous les réfugiés en forêts aient bien regagné le foyer de leurs Ancêtres ? Qui peut le mieux leur donner confiance, et garantir leur sécurité par une politique fraternelle de main tendue, qu'un nouveau président qui ne soit pas chef de guerre ou qui n'ait fait allégeance à tel ou tel chef de guerre et dont l'objectif fondamental est de casser le cycle infernal de la vengeance et de conduire la République selon l'aphorisme de Tacite « dans la liberté de penser ce que l'on veut et de dire ce que l'on pense » avec sincérité où l'Homme soit la finalité de l'Economie ! L'autre aspect intéressant dans ce Message, c'est la façon dont le PCT/RMP conçoit l'Etat maintenant que celui-ci est « rétabli dans son existence et sa permanence » après « qu'en octobre 1997, l'Etat avait cessé d'exister » ; dire que l'Etat est à « lui seul le régulateur de l'ensemble des pouvoirs et des Institutions » et que c'est l'Etat « qui fixe au mieux des intérêts de tous les règles de la vie en commun » sont des contrevérités d'un point de vue démocratique et républicain. L'esprit qui dit cela en toute bonne foi laisse voir un formatage relevant du socialisme dit scientifique. Il inverse radicalement les rôles ; c'est au pouvoir législatif de définir toutes ces règles de vie en commun, et de les faire accepter par les Assemblées représentatives du Peuple souverain. C'est au pouvoir exécutif de les faire appliquer et respecter au moyen de l'ensemble des corps constitués formant la dite fonction publique dénommée plus communément notre Etat. Et ce n'est pas aux fonctionnaires aussi hauts soient-ils de faire la loi, mais de la faire régner ; cette distinction est d'importance car c'est toute la différence entre la dictature et un Etat de droit ! De même, certes, personne n'est à l'abri d'une formulation aussi malencontreuse ; mais celle-ci vaut son pesant d'or, dans ce Message, quand on y lit « qu'aucune association... exerçant ses activités conformément aux lois de la République n'a été interdite » ; et c'est encore heureux ! Il n'eût plus manqué que cela ! Est-ce une menace subliminale d'une Autorité qui aurait pu le faire ? Ceux qui parlent toujours de la paix sont des guerriers parce que la paix pour eux n'est qu'un projet temporaire pour mieux se refaire et repartir en guerre. C'est seulement pour eux une condition de survie temporaire. Le Congo ne peut rester en état de survie permanente parce qu'il doit enfin vivre dans la modernité comme les autres, ce qui implique la paix permanente comme état de fait intrinsèque et évident pour une Nation civilisée si tant soit peu il en existe. La paix ne saurait être un projet comme si cela était un vœu pieux inaccessible et que l'état de normalité fut celui de la guerre entrecoupée de paix. Ce n'est pas à l'Etat de garantir la paix, mais aux Assemblées de la Nation élues par le peuple souverain. L'Etat n'est que le fer de lance des actions décidées par ces Assemblées de façon endogène en toute liberté de pensée ! La justice est-elle « la principale mission de souveraineté » dixit la présidence actuelle ? Cela sous-entend que l'état qui prévaut aujourd'hui dans notre pays est celui du conflit permanent dans les contrats d'ordre privé ou public et que la parole de celui qui s'engage solennellement n'est jamais respectée, qu'il y faut la force de l'autorité pour l'y contraindre ; est-ce dire qu'à bien des niveaux la contrainte exogène finalise nos actions en justifiant l'importance du juge et qu'il nous faille « renforcer davantage le processus de moralisation du corps judiciaire » ? Si tel est le cas que la Justice soit la principale mission de souveraineté, c'est amer pour nous ! Quant à qualifier la Force Publique, « cet autre attribut essentiel de la souveraineté », cela comporte une ambigüité d'importance ; parle-t-on de la souveraineté de la Nation ou de celle d'un souverain en exercice considérant la Force Publique comme sa propriété personnelle ? Il est évident qu'on ne saurait allé contre la politique de décentralisation initiée depuis quelques années par le Président, une politique qui au CDRC est dénommée plutôt comme une politique de régionalisation avec nos neuf belles régions qui doivent être égales en droit et en fait au sein de la République Une et Indivisible en tant qu'expression des intérêts fondamentaux communs à toutes les régions ! La décentralisation n'est pas l'embryon de la sécession car une région seule est condamnée à péricliter ; donc, le gouvernement central, en dehors de son action externe au nom de tous les citoyens, a pour objet fondamental la coordination des actions régionales sans qu'aucune des régions ne soit délaissée pour compte. C'est donc d'un développement endogène et simultané dans toutes les régions à la fois que notre Schéma National d'Aménagement du Territoire doit impérativement tenir compte, et dont chaque ville capitale régionale sera le maître d'œuvre ; voilà le « transfert de compétence » au service de la République tel qu'il faut le concevoir ! Il est légitime de se poser bien des questions sur la façon dont on conçoit au PCT/RMP le « transfert de compétence » aux « départements et communes comme véritables socles sur lesquels l'administration centrale doit s'appuyer pour promouvoir le développement socioéconomique du pays » en déléguant à ces entités « les domaines de la santé et de l'enseignement publics, du commerce, de l'artisanat, des affaires sociales, de la protection civile, des travaux publics, etc. » ; est-ce une façon de se défausser en leur faisant endosser la responsabilité des échecs prévisibles tant que le financement général lié à notre marché intérieur n'est pas défini ? Est-ce aussi une manière de court-circuiter les Autorités régionales dont le rôle de maître d'œuvre est essentiel pour interconnecter et harmoniser nos neuf régions entre elles dans la modernité ? Voilà pourquoi, il nous faut envisager, comme le propose le CDRC, que la décentralisation vaut une régionalisation où le gouvernement central doit coordonner les actions communes à nos neuf belles régions où chacune gérera à bon escient ses budgets de manière qu'à toutes les dépenses correspondent toujours des actions effectives et utiles pour la société dans son ensemble, sans détournement. Surtout, il ne faut pas oublier que ces dépenses en flux tournant font partie du revenu des gens actifs ! Quant à la cité capitale de notre République Une et Indivisible, au nom actuel de Brazzaville, devenue ainsi pour des raisons historiques qui tiennent à notre passé commun avec la France, ceci n'est pas parce qu'elle est située sur le territoire de la région du Pool qu'elle n'appartient qu'au Pool ; cette belle cité appartient avant tout de fait à toutes les régions de notre République ! Voyez-vous, j'ai toujours été très clair vis-à -vis du Président. Ma position a toujours été de faire tout ce qui allait dans le sens des intérêts de mes concitoyens. C'est l'altruisme qui m'a toujours guidé ; je n'ai jamais agi en fonction de mon intérêt personnel ; l'on ne peut en dire autant de certains qui approchent la Présidence de leurs sollicitudes les plus empressées. J'ai toujours dit sans ambages au Président que mes amis et moi le soutiendront dans tout ce qui ira dans le sens du bonheur du Congo et de ses citoyens, mais que nous nous opposerions de façon ferme et déterminée dans tout ce qui irait à cet encontre ; c'est on ne peut plus clair ! Au CDRC, nous savons grès au Président d'avoir lui-même permis, sans l'avoir initiée mais sans s'y être fondamentalement opposé, la tenue de la Conférence Nationale Souveraine pour casser le cycle sans fin des coups d'Etats militaro-autocratiques sans autre objectif que le pouvoir pour le pouvoir. S'il est vrai que la question de fond ayant donné lieu à la guerre contre les civils en 1997 fut la question de l'avance sollicitée auprès de Elf-Oxy par le président Lissouba, le prétexte pour destituer le président en exercice résida dans le non-respect de la constitution par ce président. L'aveu du Président : « En octobre 1997, l'Etat avait cessé d'exister ; plus d'administration, plus d'écoles, plus d'hôpitaux, plus d'électricité, plus d'eau, plus de banques ; bref plus rien» est accablant car n'a-t-on pas sorti sciemment un marteau-pilon contre les civils de tout bord ! Fallait-il faire parler les armes de cette façon hors de proportion en réduisant « le Congo à un amas de ruines et un tas de cendres » aux dires mêmes du Président en exercice ? Personne au Congo n'y croit, et surtout pas moi-même ; c'est la preuve par neuf d'un manque de maturité politique et de concertation républicaine dans le cadre d'un respect de la Constitution dont le rôle fondamental est d'unir les divers partis en lice sur des principes fondamentaux communs. D'autant que la question en suspens est et reste toujours la licité de l'avance demandée par le président Lissouba et ses objectifs inavoués nonobstant les fins personnelles de cet emprunt ? Bref, cela étant, il ne s'agit pas de raviver les polémiques, mais de tirer la leçon du passé aussi triste et insoutenable que cela reste encore dans la vie quotidienne de nombre de nos familles ! Que le Congo soit « aujourd'hui, en Afrique, un des pays les plus sûrs au plan sécuritaire » fait une belle jambe à toutes les populations de notre pays dans la mesure où l'on y vit aussi brièvement et l'on y meurt le plus généralement dans la misère et dans les hôpitaux de fortune. Le discours sécuritaire n'a jamais été en aucun pays un gage de progrès ; au contraire, cela dénote un esprit conservateur sous condition d'avoir quelque chose à conserver. Que le PCT/RMP ait mis dix ans à « reconstruire l'édifice politique, et de souveraineté » pour découvrir in fine « qu'il n'y a que dans une Nation de paix, de stabilité et de liberté... que le peuple a véritablement rendez-vous avec le développement et le bien-être » dixit le Président lui-même, c'est un truisme bien élémentaire fort connu de tous depuis le fin fond des âges ! D'avoir seulement reconstruit en dix ans les moyens coercitifs de la Force Publique, et oublié la reconstruction de tous les autres secteurs de la vie économique, pose un problème de fond, à savoir à qui faire parvenir la facture de ces moyens coercitifs comme charge d'Etat que l'on doit incorporer dans les prix de revient de ce qui doit se faire et qui ne se fait pas par ailleurs ? L'Administration de notre pays n'en serait pas réduite pour survivre à pratiquer des taxes sur les produits de première nécessité et sur les intrants et matériels agricoles importés, selon le Président lui-même quand il évoque la nécessité de leur réduction voire de leur suppression ! Voilà un exemple typique de la nécessité du marché intérieur en flux financier tournant pour que la dépense des uns soit la recette des autres, ce qui est indispensable à toute souveraineté ! C'est un discours macro économique qui intéresse au plus haut degré tous les responsables de Défense Nationale en tout pays dont le Congo, car l'endogène primera toujours sur l'exogène ! La sécurité intérieure est une condition évidemment primordiale pour quiconque veut assumer et assurer un développement endogène effectif dans la liberté indispensable. La question de fond en ce domaine est la suivante : s'agit-il de protéger le peuple et ses élites des brigands et gangsters en tout genre qui font toujours par définition dans la délinquance par rapport aux lois de la République ? Ou bien s'agit-il de protéger les nantis du PCT/RMP des rebellions du Peuple ? Car ce dont nous devons avoir tous conscience et qui semble aller de soi, surtout à moi-même, le plus délicat à gouverner et à gérer, c'est le clivage et la rancœur bien légitimes et compréhensibles accumulées au cours de ces onze années où les apparatchiks du PCT ont dicté leurs conditions à l'ensemble de notre Peuple qui ne pouvait faire autrement que d'accepter ! C'est la raison fondamentale qui me fait souhaiter, au profond de moi-même, des élections libres et transparentes qui légitiment un pouvoir issu d'un choix républicain du Peuple. Le devoir et l'obligation de protéger les biens et les personnes de l'ancien régime PCT/RMP dans les limites du bien acquis, ne sont pas tant par générosité que pour rompre avec le cycle de la violence. Je dis que le Peuple Souverain est riche de ce qu'il n'a pas encore et que ce qu'il n'a pas encore ira préférentiellement à lui, et non à ceux l'ayant acquis au détriment de tous ! Bien sûr qu'il faut « une collaboration harmonieuse » des pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs ; bien sûr qu'il nous faut un fonctionnement régulier du Sénat et de l'Assemblée Nationale ; là où l'on sourit, c'est du besoin avoué de « renforcer davantage le processus de moralisation de la Justice » ce qui semble en dire long sur certaines pratiques régaliennes ! Je note avec grand intérêt que l'actuelle gouvernance « a relancé le processus démocratique garantissant au peuple souverain la plénitude de ses moyens dans le libre choix de ses gouvernants » ; dont acte au Président qui nous assure ainsi solennellement que les élections présidentielles se feront en 2009. Mais qu'en est-il de son entourage ? Nous pensons pour que la transparence soit parfaite et incontestable de part et d'autre, qu'il devrait y avoir un consensus généralisé afin que ce scrutin se déroule sous le contrôle d'observateurs étrangers ; pour une question de langue, nous pourrions nous arrêter sur le concours d'un organisme comme « Sagem Sécurité » dont le sérieux en Côte-d'Ivoire a fait ses preuves récemment quant à identifier tous nos électeurs sans contestation polémique ! Et aussi que « l'Etat ait été rétabli dans son existence et sa permanence » par ceux-là même qui l'avaient détruit illégalement en 1997 me paraît bien la moindre des choses. Quant « à lancer un processus d'identification du citoyen » alors qu'il y a tant d'autres choses urgentes à faire me semble dénoter un certain état d'esprit peu propice à la démocratie. Et que dix ans après la guerre contre les civils, l'on en soit encore sans rire « à lancer un processus de construction et de réhabilitation des infrastructures » est quelque peu risible si ce n'était pas aussi sensible. Je ne dis pas que ce n'est pas indispensable, mais ce n'est pas à une équipe sur la sortie de le faire. Elle se déjuge et se discrédite totalement aux yeux de tous, y compris à l'international ! La formulation présidentielle écrivant très sérieusement que « l'économie congolaise a été déstructurée par les troubles socio-économiques récurrents » est bien surprenante alors que le même Message sur l'état de la Nation décrit la « réduction du Congo à un amas de cendres et de ruines » lors du renversement par la force du gouvernement légal au moyen des armes. Qui ne sursauterait pas d'indignation quand on voit la mendicité à laquelle est réduit notre pays alors qu'il est le second producteur de pétrole en Afrique Centrale tout en étant dans les mains de la « Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance » dont l'aval lui permet d'accéder aux initiatives en faveur des « Pays Pauvres Très Endettés » sans jamais que personne n'ose poser la question essentielle si l'endettement n'est pas le géniteur et le pourvoyeur de la pauvreté ? Comment sans rire en sommes-nous arrivés à un tel état de fait sans que personne ne réagisse surtout à l'international du point de vue des autres autorités souveraines qui ont laissé faire le système bancaire international à prêter sans fin une monnaie qu'il crée lui-même à l'infini, en prêtant une vraie-fausse monnaie à de vrais pauvres en tout genre y compris nos pays lesquels doivent rembourser ces emprunts en monnaie réelle issue du commerce des biens physiques ? Seul un régisseur d'un domaine impérial peut se glorifier sérieusement que le Congo ait enfin obtenu « un retraitement favorable de sa dette extérieure ». S'est-on jamais posé la question de savoir si, lors du crédit, la monnaie prêtée existe vraiment au moment où le prêteur prête ? Quelle est l'origine de ces fonds ? Ne sont-ce pas tout simplement des lignes d'écriture qu'il convient à nous pays sensés pauvres de combler par capture sur nous des devises de l'export ? Quant à cette « annulation de 80% de la dette privée extérieure du Congo » par les créanciers membres du club de Londres, on peut s'interroger sur la nature de cette dette laquelle suppose un emprunt, donc un crédit c'est-à -dire une émission de monnaie. Mais qui emprunta, au nom de qui, et à quoi servit ce crédit, l'annulation apparaissant aussi mystérieuse que l'emprunt ? Le problème de la dette est une véritable plaie que tout le monde dénonce. Est-il possible d'opérer la transparence du point de vue nominatif les adhérents des clubs de Londres et de Paris pour vérifier la licité et le bien-fondé des créances et de leurs objets qui engendrent cette dette congolaise ? Prenons le cas de l'aide récente de l'Union Européenne d'environ 100 millions d'euros libellée en CFA à hauteur de 60 milliards pour les « infrastructures de base et au développement sanitaire » et les partenariats conclus avec la Banque Africaine de Développement et aussi la France, peut-on connaître la teneur d'un point de vue éthique de pure transparence ? Le gouvernement peut-il mettre immédiatement à la disposition des citoyens le Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté, dans sa version finalisée le 15 août dernier, dont fait état la Présidence dans son Message, document qui engage notre pays et dont il faut analyser au plus vite les clauses d'un point de vue général puisque selon le Président « ce document servira de référence pour les politiques économiques et financières du Congo et de base programmatique de nos politiques de développement » ? Quand on voit qu'il fût un temps où l'encours de crédit valait bientôt 4 fois le PIB du Congo, on peut se poser la question de savoir où ces dépenses en devises étrangères sont passées, et à quoi ont-elles servies ? Est-ce anormal de se poser la question et est-ce normal que ce soit au Trésor Public Congolais de rembourser ces crédits fantômes à partir des recettes en devises ? N'y-a-t-il pas un surendettement caractéristique dont la faute incombe au système bancaire ? Si cette année l'encours de crédit tombe à environ un demi-PIB, cela veut dire qu'en dix ans, le Congo a remboursé trois fois son PIB pour en faire quoi puisqu'il est toujours aussi pauvre ? Que n'a-t-on instauré plus tôt l'Agence Nationale d'Investigation Financière pour renforcer la gestion des ressources pétrolières, et créer enfin « un observatoire national de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude » ; mais est-ce d'un observatoire complaisant dont on a besoin, ou d'un système douanier enfin efficace dans la détermination des entrées et sorties ? Je note que pour un flux annuel estimé à environ officiellement de 100 millions de barils, s'il s'avère vrai et non pas sous-estimé, l'on aurait une recette annuelle de l'ordre de 4 milliards de dollars ; ce qui paraît faible pour un pays second producteur de pétrole en Afrique Centrale ! Personne ne saurait aller contre « une reprise en main conséquente et un renforcement des mécanismes de contrôle » que ce soit du secteur pétrolier ou des secteurs minier et forestier. Que n'a-t-on mieux développé le raffinage interne au pays et quelle est la production réelle de la CORAF et le rôle exact de la SNPC autre que la perception et l'engrangement des devises ? Quand on connait les possibilités d'extension du domaine off shore dit profond et du sous-sol de notre République Une et Indivisible, c'est à la création et à une extension considérable du raffinage par nous-mêmes et de l'industrie aval pétrolière auquel il fallait s'attendre ; et qu'un pays comme le nôtre importe la quasi-totalité des produits pétroliers raffinés est surréaliste ! La valorisation de nos ressources naturelles quelles qu'elles soient y compris notre patrimoine gazier encore inexploité est notre seule source de devises pour nous permettre de nous équiper par ailleurs auprès de nos partenaires traditionnels dans les autres secteurs de notre activité ; et c'est à nous, en vertu de notre souveraineté, de gérer ces ressources naturelles, précisément parce que nous savons bien que ces réserves ne sont pas illimitées et qu'il convient d'être à la pointe des autres énergies pour que la Nation puisse survivre dans le futur avec la technologie. Que l'on me comprenne bien, il ne s'agit pas de remettre en cause les concessions, mais de gérer au mieux ces ressources en fonction de notre besoin en équipements ! C'est amer de constater que le Président en charge des destinées de la Nation ait été amené à concéder, dix ans après la guerre contre les civils, que « la situation alimentaire de notre pays, caractérisée par des déficits importants, demeure préoccupante » ! Bien évidemment que le Congo est un pays à vocation agricole et que l'agriculture doit être parmi nos priorités comme un gage d'indépendance et de liberté. Que n'a-t-on mis en œuvre une telle politique à l'origine de la gestion du pays par le PCT, que de temps perdu pour la sécurité alimentaire ! Le but essentiel n'est pas d'exporter notre production agricole, mais de l'échanger en interne contre les productions effectives et les services rendus par notre marché intérieur. Le triptyque « école, champ, jardin » proposé au Président en exercice et apparemment sorti tout droit du « petit livre rouge » est quelque peu naïf sans la présence des autres acteurs d'une économie normale afin de constituer un marché interne où le revenu des uns soit la dépense des autres ! Quant au secteur de la pêche, certes voilà une activité contribuant à la sécurité alimentaire du pays. Mais pour se développer il lui faut des clients internes au Congo qui doivent être servis rapidement ; ce qui suppose une infrastructure routière et ferroviaire voire aérienne des plus performantes avec les moyens frigorifiques en conséquence dans un pays on ne peut mieux tropical. Aussi développer la pêche à des fins d'export n'apporte rien à notre marché intérieur. Le pêcheur ne peut vendre à ses concitoyens que si ceux-ci sont solvables en étant eux-mêmes utiles aux autres par une activité viable avec une infrastructure permettant tous les échanges. On a là un exemple patent de la synergie de toutes les activités économiques prises ensembles et clientes les unes des autres avec un revenu permanent des uns et des autres en flux tournant. Que dire de la tour de Babel en bois que notre Congo exporte, pas loin de 2 millions de mètres cubes en flux annuel représentant une tour carrée de 10 mètres de côté haute de 20 kilomètres atteignant ainsi la stratosphère pour visualiser l'importance de l'abattage. Quelle incidence sur l'équilibre climatique à l'échelon planétaire du fait de la destruction progressive actuelle à terme du sanctuaire qu'ont toujours été nos forêts mythiques des régions équatoriales héritées de nos Ancêtres ? Notre pays a-t-il nécessairement pour vocation de devenir un fournisseur universel à la solde des économies exogènes ne tenant pas compte de notre souveraineté très utile pour le monde si l'on veut assurer la conservation effective d'un tel patrimoine ? Aucune terre n'a une telle vocation de nourrir en tel ou tel produit le reste de la planète. Dans la cadre de la perdurabilité et de l'économie durable, c'est tout simplement suicidaire pour nous tous ! Cet enjeu implique un rôle essentiel pour la Commission des Forêts d'Afrique Centrale Quant au secteur des mines solides métaux et métalloïdes divers, on ne peut dire qu'il s'agisse « d'un secteur à forte valeur ajoutée » pour nous Congolais où notre main-d'œuvre se réduit à la portion congrue de l'extraction basique en carriers qu'on ne peut faire venir de l'étranger ; le coût interne d'extraction et de transport est réduit au strict minimum contre paiement d'un droit de concession réglé en devises dans des banques offshore de façon non transparente. De plus, comment connaître avec exactitude les flux exportés sans un service douanier qualifié ? Le cas des diamants de Kellé est un exemple patent ! La même question se pose « pour les quelques industries ayant survécu aux destructions » en particulier pour les filières telles que eaux minérales, farine, sucre, ciment, produits laitiers, produits métallurgiques, transformation des métaux et du bois. Quelle est la part du marché intérieur et la part de l'export ? Comment contrôler la transparence et la réalité des factures et règlements en devises ? Quelle est l'importance et leur contribution à notre marché intérieur ? Quant à tirer gloire d'un flux cumulé d'investissement de 1.000 milliards de CFA sur dix ans, c'est noyer le poisson car l'important c'est le flux annuel en tant que partie du revenu global distribué. Je note avec amertume que 97% des créations d'entreprises sont dans les services, ce qui suppose que nous produisons par nous-mêmes et pour nous-mêmes très peu de choses ! Pour revenir au secteur des mines solides métaux et métalloïdes, mais aussi au secteur du pétrole et de l'aval pétrolier, la politique fondamentale doit consister, pas seulement pour nous, à développer à l'avenir les industries transformant les ressources naturelles en produits semi-finis voire en produits finis pour améliorer sans cesse la valeur ajoutée intrinsèque de manière que ces produits soient commercialisés sur notre marché intérieur voire à l'export en participant par ce fait au flux des devises qui seront nécessaires à acquérir ce qui nous manque, sans plus, car le pays ne doit pas avoir pour vocation d'accroître sans cesse son export ! La compétition sans limite a quelque chose de malsain car elle conduit les économies internes à réduire sans cesse le coût production au titre d'un export fallacieux toujours plus compétitif où l'essentiel de la valeur ajoutée internationale se voit séquestrée chez des acteurs offshore ! Bien entendu, il faut développer sans relâche la modernisation et la reconstruction physique du pays ; mais peut-on dire que l'on a mis les moyens suffisants depuis dix ans quand on voit que l'on a bitumé environ 1.000 kilomètres de route d'un réseau routier d'à peine 20.000 kilomètres, et que l'on en a seulement rouvert ou réhabilité environ 6.500 km, soit environ 10 kilomètres de bitume et 65 km de réhabilitation par an et par région ; ce qui est négligeable ! Certes le Message de la présidence fait état des travaux d'aménagement de la « route lourde » de Pointe-Noire à Brazzaville « comme doublure du CFCO » et « véritable bataille contre la nature » avec « la traversée de la mythique forêt du Mayombe » qui nécessite « des remblais de 50 mètres » ; mais, des informations que nous avons par ailleurs, il semble que ces travaux soient au point mort ; ce qui n'est pas plus mal d'un point de vue écologique car une masse murale coupant en deux ces forêts mythiques est une erreur écologique si les passages entre les rives de l'ouvrage ne sont pas suffisamment aménagés. Il faudra revoir ce projet en tenant compte de l'expérience des autoroutes guyanaises en particulier en milieu équatorial en créant les ouvrages d'art appropriés en fonction de la nature ; il faut mieux construire bien mais plus lentement ; car il est inutile de perdre son temps en gaspillant les hommes et de retarder la modernité ! Quant au « désenclavement physique du pays » avec « la construction et la réhabilitation des ports et aéroports », c'est une nécessité pour la mise en place effective du marché intérieur ; tout dépendra de sa vitesse de réalisation pour que la libre circulation des biens et personnes ne soit plus une incantation. D'ailleurs ce qui est amer, c'est que l'on en soit à réhabiliter des ouvrages d'autant que le Message présidentiel concède avec amertume que « le double défi de l'accès à l'eau potable et à l'énergie électrique demeure entier » ; qu'une ville comme celle de Brazzaville, notre cité capitale, siège des Institutions, en soit à réhabiliter son usine d'eau potable, ce qui devrait être fait depuis longtemps, pose bien des interrogations sur les raisons ! Et que dire des pannes d'électricité à répétition en particulier à Brazzaville parce que nous sommes tributaires de notre voisin et bon ami, la RDC, qui nous coupe le courant lorsque le paiement de la facture se fait par trop attendre ; quelle indépendance et quelle souveraineté ? Donc, l'objectif fondamental pour désenclaver électriquement notre pays, c'est la mise en place de tous les moyens physiques qui contribuent à cette indépendance ; c'est la mise en place des centrales à gaz indispensables en plus de celles en cours de construction ; mais c'est aussi à terme l'édification de la centrale hydro-électrique du Kouilou qui fournira l'Afrique Centrale voire l'Afrique Occidentale, comme l'avait souhaité le Président Fulbert Youlou ; ce qui peut constituer un magnifique projet commun pour l'UA ! Il est important de ne pas oublier que l'accès à l'eau potable dépend avant tout de l'accès à l'énergie électrique. En attendant la réalisation effective de « ce boulevard énergétique » selon le mot même de la Présidence, nous devons prendre acte de l'existence d'un Plan National des Transports qu'il nous faut bien analyser car il engage de façon irrémédiable l'avenir puisqu'il a pour vocation de concilier les divers transports terrestre, aérien, fluvial et ferroviaire « dans le cadre d'une cohérence intermodale », plan qui doit être le socle du Schéma National d'Aménagement du Territoire que le Gouvernement a adopté comme armature de notre espace national et urbain. Nous prenons acte de son existence, mais nous nous réservons quant à son contenu définitif ! Il faut se réjouir que la finalité de la renaissance du Congo est « l'amélioration des conditions de vie de nos concitoyens » ; c'est le minimum que l'on puisse dire. Là où l'analyse diverge, c'est l'esprit « en vue de maintenir et de consolider la paix sociale » qui emploie un langage guerrier relatant la conclusion en 2001 « d'un pacte social avec l'ensemble des partenaires du monde du travail » comme s'il s'agissait de rémunérer ce « monde » à la portion congrue sans voir un instant que le revenu des uns vient de la dépense des autres dans tout marché intérieur. Donc « féliciter tous les partenaires sociaux » de leur non dépense, parce que l'on ne trouve pas grand-chose sur le marché intérieur fait par nous-mêmes en suscitant nos revenus, est la preuve par 9 du manque de conceptions macro-économiques du gouvernement PCT/RMP. Dire que notre système de santé « sort peu à peu de l'état de délabrement dans lequel il a été plongé à la suite des conflits armés » opérés contre les civils par le système PCT/RMP voilà dix ans montre d'une part qu'il s'agit d'une régression patente de nos conditions de vie et que peu de choses ont été faites depuis pour reconstituer ce secteur d'activité économique dont le revenu permet les dépenses en tant que revenu des autres acteurs sociaux du marché interne ! Il va de soi au niveau du CDRC, comme cela saute aux yeux de tous les compatriotes, que le plan santé est notoirement insuffisant en regard des besoins des gens et des équipements que l'on peut acquérir de façon exogène au moyen de devises issues de la vente équitable de nos ressources naturelles en gestion durable. C'est pour cela que nous préconisons la couverture sociale généralisée (CSG) qui comprend la santé, la retraite, la dépendance à tout âge comme éléments des prix de vente et revenus des acteurs ! Aussi il faut sourire quand on lit dans le Message présidentiel « qu'une étude portant sur l'Assurance-maladie à moindre coût est en cours afin de mettre à disposition des soins de qualité à la disposition de tous » ! Quant au recensement général effectué au Congo « avec l'appui du Fond des Nations Unies pour les Activités en Matières de Population (FNUAP) », il faut bien vérifier les résultats lesquels semblent sujets à caution car l'on dispose par ailleurs d'informations contradictoires. Il est aussi amer pour nous tous que le Message reconnaisse avec honnêteté que « l'école aura été, à l'instar des autres secteurs sociaux, l'une des grandes victimes du chaos qui a assombri le pays » ; mais que n'a-t-on reconstruit aussitôt ce système d'éducation qui fut au temps de la France le plus performant d'Afrique où tout illettrisme avait quasiment disparu dès 1960 ; où en est-on ? Comment souveraineté et indépendance nous ont conduits à une telle régression ? Quant « au lancinant problème du déficit des enseignants » dans la Fonction Publique, c'est simplement une question de rémunération dont la difficulté provient du manque de marché intérieur qui peut comptabiliser les coûts de formation comme éléments des prix de vente. C'est la même chose que pour la CSG ou la Fonction Publique dans son ensemble. Bien sûr qu'il nous faut des pôles universitaires régionaux ; bien sûr qu'il faut une formation réellement qualifiante. C'est tellement évident qu'il apparaît absurde de le dire. Bien sûr que « aucun pays au monde ne s'est développé sans femmes et sans hommes qualifiés » ; mais que n'a-t-on agi en ce sens depuis dix ans sans oublier que toute personne réellement formée et qualifiée est tentée d'exporter son activité du fait du manque de marché intérieur à notre pays. Et que tant de nos cadres se trouvent à l'extérieur ! Il nous faut prendre bien des précautions quant à qualifier de logements sociaux ceux destinés « aux couches de la population à revenu modeste » ; cela donne l'impression d'un régisseur logeant son cheptel, et non ayant à faire à des femmes et des hommes qui méritent de la considération ! Dans ce domaine de la construction des logements, il ne faut pas qu'il nous arrive dans vingt ans ce qui est arrivé dans des pays développés, par exemple en France où l'on a bétonné à tout va en périphérie des « cages à lapin » sans âme et où l'on a entassé des individus dans la promiscuité sans jamais que les concepteurs eux-mêmes y viennent demeurer. Il nous faut penser par nous-mêmes notre style d'habitat en se référant à nos Ancêtres sans oublier que nous sommes d'abord un pays de forêts où l'arbre doit modeler nos regards, en aménageant les intérieurs de manière telle que tout le confort moderne y soit ! Donc, bien entendu des organismes publics tels la Banque de l'Habitat ou le Fond National de l'Habitat, après dotation du financement initial suffisant pour que le flux remboursé resserve au flux des nouveaux prêts à bas taux équivalant à celui de l'inflation, seront nos bons outils ! Voilà le challenge enthousiaste donné à nos architectes, et qui transcendera les appels d'offre pour concevoir dans la diversité et la modernité l'habitat de demain, l'âme de notre de vie ! Dans nos pays à marché intérieur insignifiant, nous devons nous méfier de la technique des éléphants blancs qui consiste dans un domaine donné à construire une grosse unité qui ne fonctionne jamais, si ce n'est à l'export, puisque nos citoyens sont quasi tous insolvables par manque de marché intérieur. La question du chômage dépend de la densité économique endogène, c'est-à -dire du flux tournant confectionné par nous-mêmes et consommé par nous-mêmes ce qui va permettre de se rémunérer les uns les autres avec nos revenus payés dans notre monnaie nationale assurant la répartition. L'on voit ainsi dans ces conditions que la part destinée à l'export ne fait que compenser ce que l'on ne peut faire par nous-mêmes. C'est une question de mathématique, et non de politique. Cela démontre et rassurera nos partenaires historiques que nous avons besoin d'eux en échangeant nos ressources naturelles contre les équipements, conseils, formations qu'ils nous fourniront ! Nous avons besoin de toutes nos têtes et de tous nos bras actifs dans la limite de nos Anciens qui en seront dispensés pour leur assurer le revenu convenable quels que soient les aléas de leur vie passée et en réinitialisant le système puisque les techniques modernes le permettent. Nous voyons bien que pour tous ceux qui le voudront et qui le pourront, la place au soleil du Congo que vous vous ferez dépendra de vous et de ce que vous ferez. Les équipements en tout genre seront fournis à tous ceux qui se sentent aptes à mener à bien tel projet, ou à faire fonctionner telle ou telle entreprise sous condition de réussite effective. Cela suppose que les équipements nécessaires vous soient fournis, non pas à titre gratuit, mais par emprunt comme pour l'habitat à taux nul à l'inflation près, des emprunts libellés en monnaie locale et faits par un organisme financier d'Etat spécialisé. De cette façon, le flux des remboursements servira à nouveau au flux des prêts nouveaux d'un exercice sur le suivant en assurant la continuité des générations ! Mais je vous dis aussi que ce n'est pas un seul projet, mais tous les projets ensemble qu'il vous faut mettre en place simultanément pour que la synergie endogène puisse opérer en vous payant les uns les autres en flux tournant pour que soit constitué un marché avec une monnaie. Pour créer l'activité d'un pays, à défaut d'initiative privée organisée, il s'agit de le faire par l'initiative publique de l'Autorité centrale selon le principe de John Ménard Keynes que l'Etat ne s'occupe que des actions que l'initiative privée est incapable de faire, bien que la propriété des moyens de production une fois créés ne doit pas être en temps normal du ressort de l'Etat. Ce n'est pas une vue de l'esprit qu'on pourrait l'objecter. Tout cela ressort d'Alexander Hamilton lui-même, le premier secrétaire au Trésor américain après l'indépendance des Etats-Unis lequel proposa une politique volontariste de crédit public consenti par une banque nationale en faveur de l'activité manufacturière en tout genre ; c'est le « crédit au développement » qui se nourrit à l'endogène sans besoin des autres qui ne vous prêtent qu'à la condition de les rembourser, mais dont le remboursement est exogène, et de ce fait, ne participe pas du développement du pays emprunteur puisqu'il nous faut le rembourser. C'est ni plus ni moins ce que préconisa Franklin Delano Roosevelt en 1933 quand il accéda à la présidence des Etats-Unis considérant qu'il existe une Autre politique dans l'intérêt général de la majorité oubliée en dehors de l'option néolibérale de la dictature des marchés financiers. C'est un retour à l'esprit des origines et un renouveau qu'il appelait le New Deal, la nouvelle donne, qui procède d'une action mûrement réfléchie aboutissant au développement endogène. C'est comme cela que les Etats-Unis naquirent et qu'ils ressuscitèrent dans les années trente après la crise de 1929. C'est la politique que poursuivit son émule John Fitzgerald Kennedy ! Je vous dis droit dans les yeux avec l'esprit de Roosevelt que le bonheur n'est pas de posséder de l'argent pour lui-même, mais dans la joie qu'il procure dans l'effort créatif et effectif ; que toute refondation comme la nôtre suppose un changement d'éthique dans l'action immédiate ; qu'il s'agit pour nous de réorganiser l'emploi des devises issues de nos ressources naturelles. Je vous dis aussi que pour éviter tout retour des maux de l'ordre actuel, il vous faudra « une stricte supervision de toutes les activités bancaires, de crédit et d'investissement... pour mettre fin à la spéculation faite avec l'argent des autres » dixit le discours de Roosevelt de mars 1933. Quant à ceux qui parlent de créations d'emplois où qu'ils soient, ceux-ci font penser à des négriers en mal de placement de leur cheptel et se désolant de devoir les nourrir en attendant ! Aussi, le discours misérabiliste où qu'il soit dénote un manque conceptuel pour prendre à bras le corps voire trancher le nœud gordien de nos problèmes de fond qui nous étrangle. Exemple « la lutte contre le chômage qu'il nous faut inscrire dans la durée » considéré apparemment comme un état tout à fait incontournable, la « simplification des procédures d'admission à la retraite » comme si l'on voulait auparavant attribuer celle-ci en récompense à la tête du client, le relèvement de l'âge légal de départ à la retraite dixit le Message présidentiel apparemment pour diminuer le nombre de pensionnés, la réduction des revenus des agents d'Etat du fait de l'absence de marché intérieur développé où ceux-ci sont des éléments des prix de revient, se réjouir du paiement des arriérés de soldes, salaires, pensions, retraites etc. qui participent du revenu de tous pour racheter par nous-mêmes ce que l'on fait les uns envers les autres dans la mesure où l'on est sensé faire quelque chose, se réjouir du paiement des bourses des étudiants, montre l'absence de marché intérieur où la responsabilité incombe aux Autorités avant tout, mêmes si celles-ci subissent un carcan exogène tout en n'ayant pas su employer les devises. Quant à « l'érection monumentale du septennat », attendons de voir ce qu'il en est vraiment ! Bien entendu qu'une quote-part à définir est indispensable pour la politique culturelle qui est un des rôles de l'Etat parmi tant d'autres ; mais c'est aussi valable des sports où les Congolais ont été absents des derniers jeux olympiques, et que j'espère bien présents à Londres en 2012. Pour conclure, je voudrais vous faire part de quelques pensées de John Ménard Keynes écrites en 1936 lequel fut avec Franklin Delano Roosevelt le père des trente glorieuses en économie qui vont depuis leur mort, l'un en 1946 et le second en 1945 jusqu'au premier choc pétrolier. Keynes notait que « la croissance de la richesse, loin de dépendre de l'abstinence des milieux aisés, comme on le croît en général, a plus de chance d'être contrariée par elle ; ainsi disparaît l'une des principales justifications sociales des grandes inégalités ». On voit où l'on en est aujourd'hui avec la crise financière qui se profile à travers le monde ; c'est l'abstinence des milieux aisés laquelle a converti ses excédents de revenus en produits financiers virtuels qui en est la cause même. Keynes nous disait aussi que tant qu'existera « la passion du lucre, la sagesse et la prudence commanderont aux hommes d'Etat d'autoriser la pratique du jeu sous certaines règles et dans certaines limites » ; de même il insistait « sur la création d'un contrôle central sur certaines activités aujourd'hui confiées en grande partie à l'initiative privée » bien qu'il limitât ses propos : « hors la nécessité d'un contrôle central pour maintenir en équilibre la propension à consommer et l'incitation à investir, il n'y a pas plus de raison qu'auparavant de socialiser la vie économique » et que « l'élargissement des fonctions de l'Etat... apparaît comme le seul moyen possible d'éviter une complète destruction des institutions économiques actuelles et comme la condition d'un fructueux exercice de l'initiative individuelle ». Enfin, il assimilait « le commerce international à un expédient désespéré pour préserver l'emploi intérieur des pays » disant : « qu'il ne fait que transférer le problème du chômage au pays le moins bien placé ». Tout cela pour vous montrer comment notre action s'inspire de ces glorieux Pères fondateurs ! Voilà notre analyse de ce Message sur l'état de la Nation qui est plutôt sur l'Etat de la Nation. Modeste BOUKADIA, Président du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo Ancien candidat à l'élection présidentielle 1997 au Congo-Brazzaville - PARIS 2008 (06/09) |
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