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Le Franc CFA entre dollar et euro

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Publié à Paris, 25 août 2003

La France, partisan de la mondialisation, a le devoir d'engager la décolonisation monétaire en Afrique pour rendre accessible ce "marché" à l'Union européenne et aux autres zones monétaires. En engageant la France dans cette voie, Jacques Chirac, héritier légitime de la pensée gaullienne incarnée par le Général de Gaulle, entrera autrement dans l'histoire commune de la France et de l'Afrique.

Le monde change. Avec ce changement, les rapports entre les partenaires des différents pays prennent d'autres configurations, selon le continent. Dans ces nouvelles configurations, toutes les entreprises du monde sont (presque) à la même enseigne. Par l'euro interposé, l'Union Européenne harmonise les échanges commerciaux et la fiscalité. Elle engage les entreprises européennes à la concentration pour faire face à la concurrence internationale des zones monétaires et financières outre-Atlantique (ALENA) et celles des pays du Sud-Est asiatique (ASEN).

L'Afrique, avec une superficie de 30 330 000 Km2 (22p. 100 de la surface terrestre), dont 622 000Km2 pour les îles, est le deuxième continent par la taille.Il dispose d'énormes atouts humains et culturels, de richesses importantes et variées. Ces immenses potentialités font de ce continent une aire de compétition sans précédent entre l'Union européenne, les USA et la France.

Face à la réorganisation de l'économie mondiale, quelle attitude l'Afrique doit-elle avoir par rapport au dollar, à l'euro et au yen, d'autant qu'avec l'entrée en vigueur de l'euro en 2002, la disparition du franc CFA est inéluctable. Il est donc temps de ne plus se voiler les yeux en essayant de sauver une monnaie qui n'a plus de monnaie de référence (en l'occurrence le Franc français).

En effet, la dévaluation de 1994, décidée de façon unilatérale, doit servir d'exemple. A cette situation nouvelle, l'Union Africaine doit représenter un espace économique et monétaire viable afin que l'Afrique puisse s'intégrer de façon adéquate à la mondialisation. Proposer un projet qui épouse les contoursde l'Union européenne serait une contribution non négligeable à la résolution de certaines crises africaines.

Union Africaine et monnaie commune

Nouvel espace et nouveau projet, l'Union Africaine est plus que d'actualité. Elle ne doit pas être condamnée à rester au niveau de l'idée. Pour ce faire, des réponses précises doivent être apportées aux questions essentielles. Notamment sur l'identité de la monnaie que l'Afrique doit utiliser dans les échanges au sein de la mondialisation. En d'autres termes, les politiques doivent prendre le taureau par les cornes en optant clairement pour une monnaie qui a fait ses preuves.

Le chemin paraît long et ardu si chaque pays, chaque Etat s'accroche à sa monnaie locale pour une soi-disant souveraineté (illusoire au passage) nationale.

Dans le cas du F CFA, le problème est partiellement résolu puisque sa monnaie de référence (le FF) n'existe plus. Il reste à étudier l'aménagement des transferts des comptes des pays des comptoirs français d'Afrique domiciliés auprès du Trésor public français vers soit la Banque Centrale de l'Union uropéenne ou vers une autre Banque Centrale.

Même si la France a signé un accord avec ses partenaires européens au sein de l'euro pour que la Banque de France et le Trésor français conservent leurs responsabilités antérieures de convertibilité illimitée du CFA, assurée par le compte d'opérations ouvert auprès du Trésor Public français par les Banques centrales de la zone franc, BCEAO, BEAC, Banque centrale des Comores. En contrepartie de cette garantie, les Banques centrales déposent sur ce compte au moins 65% de leurs avoirs extérieurs. Ce sont toutes ces dispositions qu'il faudra aménager pour transférer les responsabilités de convertibilités ou d'équivalence en fonction de la monnaie que l'Afrique entend adopter.

L'idéal aurait été la mise en chantier, pendant la construction de l'Union Africaine, d'une Banque Centrale de l'Union Africaine. Mais, le manque de pragmatisme des politiques africains risque d'empêcher l'émergence d'une synthèse entre l'unité politique africaine et l'unité économique par la monnaie, qui doivent être les piliers du marché émergent africain.

Cette synthèse n'aurait un sens que si elle atteint l'objectif principal qui consiste à faire de l'Union Africaine une véritable force politique et un pivot d'une Nouvelle Afrique qui devra engager les Etats africains déstructurés à se construire en Etats de droit, base de la bonne gouvernance.

En effet si l'Union Africaine et le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement) remplissent correctement leurs rôles de Piliers en tant que garant de cette bonne gouvernance, le pari sur le partenariat et le développement peut être tenu. Puisque le Partenariat apporte l'investissement nécessaire par une diversité des opérateurs économiques. Or pour que l'investissement atteigne l'objectif de réduction de la pauvreté par des réalisations concrètes, il faut une monnaie crédible et transactionnelle. Sinon, il est à craindre d'être réduit à faire des incantations pour sortir l'Afrique de ses guerres incessantes. Sans monnaie crédible, aucun vrai projet porteur de progrès n'est à envisager. Les pays de l'ancien Pacte de Varsovie, avec leur monnaie sans valeur, sont là à titre d'exemple. Le F CFA est dans cette catégorie. C'est une monnaie de rente qui ne peut participer à la réduction de la pauvreté. Bien au contraire, le F CFA aggrave cette situation par le biais de la dette globale.

Il n'est pas nécessaire de remettre les compteurs à zéro. Si les pays du Nord tiennent à tirer, non seulement, un bénéfice de leurs investissements multiformes dans les pays du Sud, mais veulent aussi participer de façon efficace à la lutte contre la pauvreté, véritable frein au développement, il est nécessaire que des efforts soient consentis, de part et d'autre. La décision est essentiellement politique. Les modalités pratiques et techniques du passage du F CFA au dollar ou à l'euro ne posent aucun problème puisque les échanges sur le marché noir se fait déjà en dollar ou en euro. Pour la France, compte tenu de l'histoire du F CFA qui épouse presque l'histoire de la France en Afrique, c'est un sacrifice qu'elle est obligée de consentir aujourd'hui si elle veut en tirer un bénéfice. N'a-t-elle pas, elle-même, mis fin au Titre XII de sa Constitution voulue par le Général de Gaulle et qui portait le titre « de la Communauté Africaine et Malgache ! ». Demain, ce sacrifice sera payant car le nombre de consommateurs potentiels en Afrique n'est pas négligeable.

Les guerres que l'on a pu observer en Europe, en Asie ou dans d'autres pays latino-américains peuvent être considérées comme des conséquences de situations économiques et d'intérêts stratégiques divergents.

Le niveau de vie des citoyens américains a atteint un certain point. Les Etats-Unis, en se proclamant gendarmes du monde, imposent à leur gouvernement une obligation fondamentale : maintenir ce niveau de vie, d'une façon ou d'une autre, par une croissance continue de tous leurs secteurs d'activités économiques à travers le monde et à tous prix.

De son côté, la France avec l'Europe, essaie de conserver, par l'exception culturelle, son influence sur le continent africain, par une politique qui ne tient pas compte de la place que pourrait avoir l'Afrique dans la mondialisation. La persistance dans la logique de cooptation et d'entretien des présidents africains est la seule alternative que propose l'Europe pour contrer la pénétration croissante des Etats-Unis en Afrique.

La France n'ayant plus les moyens de sa politique de coopération classique, il devient urgent et nécessaire de définir les nouvelles modalités d'un partenariat et d'une coopération d'un type nouveau, plus efficace et plus solidaire à l'échelle européenne. L'Afrique ne peut laisser indifférents les gouvernements du Nord et ce, quelle que soit la nature du pouvoir en place car l'Afrique est un marché prometteur.

Ici et là des conflits, sans intérêt économique pour l'Afrique, éclatent pour, soidisant, la sécurité des frontières. Ces conflits saignent à flot le continent de ses ressources humaines qui constituent sa véritable richesse. Force est de constater qu'avec les nouveaux outils de communication et d'information, les frontières sont entrain de devenir virtuelles. Elles n'existent plus que dans la tête de ceux qui n'ont pas préparé leur population et leurs moyens de production à l'ère de l'Internet.

La réalisation de la synthèse entre l'unité politique africaine et l'unité économique et monétaire, par la création d'une Banque Centrale Africaine unique, permettrait de favoriser un accès plus adéquat aux populations africaines, à la mondialisation. Il est indispensable que les pays africains se retrouvent sur l'essentiel : la dette publique globale pour l'Afrique s'élève à plus de 300 milliards de dollars US. Comment maîtriser (avant de l'arrêter) cette hémorragie ? Comment y procéder ? Avec l'Aide internationale, certes. Mais qui dit Aide, dit moyens financiers.

La construction de l'Union Africaine est certes une avancée. Mais, une construction solide repose sur des investissements qui doivent promouvoir valeurs éthiques afin de préparer un espace et un projet capables de réduire le décalage entre l'Afrique et l'Europe, entre pays pauvres et pays riches. C'est une voie à envisager pour la réduction de cette dette publique globale.

Cependant qui dit investissements dits capitaux. Avec quelle monnaie doit-on investir en Afrique pour que les investissements soient rentables ? Nous avons dit que les monnaies locales ne remplissent pas correctement leur rôle. Nous avons dit également que l'Afrique regorge d'immenses ressources naturelles qui sont devenues l'objet « d'hostilités entre les USA et l'Europe ».

La vraie question qui se pose aujourd'hui pour l'Afrique est celle de savoir s'il y a encore un avenir dans la Zone Franc (ce franc CFA qui rappelle un autre « passé » !) alors que cette zone s'effondre avec les guerres qui sévissent ici et là qui sont de véritables handicaps économiques insurmontables.

Jean-Louis Bianco, président du Haut Conseil de la Coopération Internationale ne déclarait-il pas qu'il est « urgent de rompre avec des conceptions dépassées qui de plus ne souhaitent pas maintenir des survivances post-coloniales... »

N'est-ce pas là un point important qui m'amène à m'interroger sur la création d'un ministère de la Coopération SUD/NORD et non attendre une énième variante post-coloniale NORD/SUD ?

N'y a-t-il pas là une piste de réflexion et ce au moment où les ressources africaines et les monnaies se résument à être calculer en dollar (par le FMI, laBAD, la Banque mondiale, le Club de Paris, le Club de Londres, le Pétrole, etc.). Tout y passe en dollar.

Ne conviendrait-il pas, pour une période transitoire, même de suivre l'exemple de l'Union Européenne, et de créer pour l'Afrique le dollar Africain ou l'Euroafricain comme monnaie commune, prémices à ce qui peut être une sorte « d'Etats Unis d'Afrique » à travers l'Union Africaine ?

On peut voir les avantages à tirer. Avec une monnaie commune, l'Euro africain ou le dollar africain, il y aurait une transparence dans les investissements, de l'aide internationale, dans les transferts des capitaux. Ce sont les Banques Centrales (USA, Union européenne, ASEN) qui effectueraient les opérations monétaires pour les différentes zones : ALENA, EURO, ASEN et Dollar africain (si l'Afrique adopte le dollar) ou l'Euro africain (si c'est l'Euro qui est adopté). Tout le monde serait à la même enseigne. Les politiques africains seraient ainsi convertis à la véritable compétitivité et la production des richesses nationales pour maintenir le cours du dollar ou de l'euro dans la fourchette imposée par les Banques Centrales.

Une monnaie crédible pour "Promouvoir le développement en Afrique"

En définitive le franc CFA est devenue une monnaie obsolète. Le changement de monnaie en Afrique aura comme conséquence majeure, le changement des mentalités des hommes politiques ; de même pour les citoyens potentiels africains. Il devient urgent et nécessaire, au moment où l'OMC met l'accent sur "la promotion du développement en Afrique", d'avoir une monnaie crédible pour l'investissement, les acteurs politiques et la société civile pour atteindre cet objectif majeur de l'OMC. Le problème de la mutation inéluctable du franc CFA est ainsi posé.

C'est dans cette perspective qu'il conviendrait de placer les voyages en Afrique, du président américain, George W. Bush, du 7 au 12 juillet et du Ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, du 29 au 30 du même mois.

A qui d'agir ?

A la France. Elle en a l'historicité. Présente, par le franc CFA des 14 pays (auxquels s'ajoutent les Comores, avec le franc comorien) et ex-puissance régente en Afrique, elle a la "majorité territoriale" pour ce faire. Elle sera suivie par le Portugal avec ses colonies (Angola, Guinée-bissau, Sao-Tomé, Cape Vert, etc.), la Belgique et son immense RDC (ex-Zaïre), l'Italie (Ethiopie, Libye, etc.), l'Allemagne (Cameroun, Togo, Tanganika, etc.) et l'Espagne (Guinée Equatoriale, Sahara Occidental).

Reste le problème de la Grande-Bretagne (Namibie, etc.) présente elle aussi en Afrique. Même si, elle n'est pas encore inscrite dans la zone euro, mais elle y pense.

A l'Afrique. Passant outre la France et sa timidité - l'Afrique emboîte le pas vers le siège de l'Europe - Prodi (Italie) et son président Berlusconi lui ouvre la porte (Libye, etc.).

Au constat des organisations internationales (BAD, FMI, etc.). Si travailler en dollar, évoluer en dollar, faire des projections en dollar laissent les USA maîtres du jeu. Le retour en Afrique par les USA sans soldat, donc sans perte humaine (Libéria), n'est-ce pas le nouveau rêve américain. Leur présence en Afrique par cette manière serait pour les USA une victoire de plus au tableau mondial de l'économie !

La première réponse appartient, en tout état de cause, à la France et à Jacques Chirac pour peu de temps encore. A l'image des jeux mondiaux, l'Afrique va vite...

Modeste BOUKADIA

Président du Cercle des Démocrates et Républicains du Congo-Brazzaville (CDRC)
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