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Article publié sur "perspectives-africaines.com" le 2 décembre 1999
L'Afrique, avec une superficie de 30 330 000 Km2 (22p. 100 de la surface terrestre), dont 622 000Km2 pour les îles, est le deuxième continent par la taille. Il dispose d'énormes atouts humains et culturels, de richesses importantes et variées. Conscients des immenses potentialités du continent, Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), Kwame Nkrumah (Ghana), Gamal Abdel Nasser (Égypte), Modibo Keïta (Mali), Sékou Touré (Guinée), Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Julius Kambarage Nyerere (Tanganyika, unifié à l'île de Zanzibar deviendra la Tanzanie) ont chacun à sa manière été des Panafricanistes, militant pour l'unité des Etats d'Afrique. Le président Houphouët-Boigny, fervent défenseur du fédéralisme des États par l'intégration des hommes sans préjugé de nationalité, instaure avec l'appui de l'Assemblée nationale de la Côte d'Ivoire, la République des nationalités comme modalité de construction de l'unité africaine. A ce titre, ce fut un précurseur. Dans la construction de l'Unité africaine, les divergences surgissent en 1961 entre le groupe de Casablanca qui réclame sur la suggestion de Kwame Nkrumah, l'unité politique panafricaine et celui de Monrovia qui adopte un programme d'unité économique graduelle. Grâce aux efforts de l'Empereur d'Éthiopie Hailé Sélassié Ier, d'Abubakar Tafawa Balewa, le premier Ministre du Nigeria et de Sékou Touré, président de la Guinée, l'Organisation de l'unité africaine est fondée le 25 mai 1963 par trente États, compromis entre les deux visions de l'union de l'Afrique.L'idée du Panafricanisme est lancée en 1885 par le Jamaïcain Garvey, un an après la Conférence internationale de Berlin qui morcelle le continent noir. Le panafricanisme se veut un mouvement de réhabilitation par l'égalité des droits et l'indépendance économique et politique. L'idée se concrétise, à Paris en 1919 lors du Ier Congrès Panafricain, avec la revendication du droit des Noirs à disposer d'eux-mêmes, énoncé par le Noir américain Burghard Du Bois, en reconnaissance du sang versé par les Noirs africains et américains au cours de la Première Guerre mondiale. Au Vème Congrès de Manchester en 1945, le Panafricanisme devient un outil de la lutte pour l'indépendance. Pour mener à terme ce projet politique, le Panafricanisme utilise, comme instrument et expression littéraire, la négritude conceptualisée dès 1935 par Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Avec la disparition du premier président de la Tanzanie, Julius Kambarage Nyerere, l'Afrique vient de voir partir l'un des derniers piliers du fédéralisme africain. Est-ce la fin de la mise en oeuvre de ce vaste chantier qu'est la réalisation de la Communauté Economique et Financière des Etats-Unis d'Afrique ? L'Afrique recèle encore d'authentiques panafricains. Ceux-ci doivent se réunir en Congrès pour débattre, non sur les textes de la nécessité de l'unité africaine puisque dans toutes les constitutions des États africains la référence à l'OUA est instruite en bonne place, mais de mettre en place un Comité exécutif qui doit proposer un Calendrier progressif irréversible qui indique les étapes de ces accouchements prometteurs qui feront de l'Afrique le marché du troisième millénaire. L'Afrique doit absolument sortir du piège des constitutions qui doivent s'adapter aux hommes. Mais le contraire. L'Europe l'a bien fait. L'acte de naissance établissant la Communauté économique européenne était signé le 25 mars 1957 avec le Traité de Rome. Avec la signature du Traité de Maastricht, la communauté est devenue Union européenne. Cette réalité a pris forme grâce à la puissance d'initiative de la France et la détermination d'hommes politiques comme Jean Monnet, Robert Schumann et Konrad Adenauer qui furent les chevilles ouvrières de la construction européenne. Cette construction européenne, qui a bénéficié de l'aide intérimaire américaine, s'appuie sur des objectifs clairs qui sont la levée de tout obstacle au commerce entre les États membres (au moyen de l'abolition des droits de douane et de l'établissement d'un tarif extérieur commun), la libre circulation des facteurs de production (capitaux et travail) et la libre concurrence ainsi que la libre entreprise dans les pays membres. Avec cette mise en place de l'union européenne, la mondialisation et la libéralisation de l'économie ont trois marchés communs d'envergure qui sont l'Aléna pour les USA, l'UE pour l'Europe et l'ASEN pour les pays de l'Asie du Sud. Il reste à créer le marché d'avenir, celui d'Afrique. L'Afrique doit avoir conscience de la réalité de la mondialisation. Elle constitue une chance pour le deuxième continent de la planète. La faiblesse et la fragilité de nos États nous interdisent d'aborder cette échéance en solitaire. Ce serait pure aventure. Seule une Afrique qui intègre la dimension de l'unité politique panafricaine sur un programme global d'unité économique graduelle pourra garantir la confiance aux partenaires institutionnels, comme aux autres zones économiques, l'Aléna, l'UE et l'ASEN. La création de cette nouvelle Communauté Économique et Financière des Etats-Unis d'Afrique est essentiellement d'ordre politique. En Afrique beaucoup d'ethnies se trouvent à cheval sur plusieurs territoires. Cette situation rend inadéquat l'utilisation des passeports. Les villages qui sont à cheval sur plusieurs territoires peuvent être les points de départ de la Communauté Économique et Financière et, partant les premiers noyaux de développement avant de s'étendre aux grandes villes. Ainsi, se ferait la synthèse entre le groupe de Casablanca et celui de Monrovia. L'unité politique comme le souhaitait le président Kwame Nkrumah et l'intégration économique selon les attentes du président Nyerere. Il y aurait liberté de circulation et de libre établissement/création d'entreprises par les différents peuples. Cette décision est essentiellement politique. La sécurité des États membres, de la nouvelle Communauté Économique et Financière africaine, n'est pas un problème insoluble. Elle est fondamentale, car garantie de la stabilité. A Syrte, lors du dernier Sommet extraordinaire de l'OUA, le Colonel Kadhafi a montré que les armées de différentes nationalités peuvent cohabiter. Le principe d'une armée des Etats-Unis d'Afrique, par ce fait, a été posé. Il reste à le mettre en application. L'instabilité politique due souvent aux troupes rebelles serait confrontée à la priorité économique à laquelle serait souscrite tous les États et ce au-delà de toute contingence idéologique. Cependant, il faut suffisamment rassurer nos partenaires pour que cette réorganisation de l'Afrique ne soit pas considérée comme un espace hostile aux autres zones mais plutôt comme une complémentarité efficace et une étape indispensable pour asseoir une coopération cohérente basée sur des échanges économiques, socioculturels et financiers fructueux. Le triangle de Kagera (zone frontalière commune du Rwanda, de l'Ouganda et de la Tanzanie) où règne la libre circulation des biens et des personnes nous montre, non seulement, les prémices de cette sécurité internationale mais aussi de l'intégration économique africaine. L'OUA a 36 ans. L'Europe communautaire en a 40. Les Africains doivent sortir de leur exercice favori. Celui de ne pas s'engager à fond dans la défense des grandes idées pour ne pas les mener à leur terme. A cet égard, la création de la Banque Centrale Africaine, pilier du marché émergent de l'an 2000, devra être le pivot de la construction des Etats-Unis d'Afrique. Modeste BOUKADIA-LOUTAYA Paris, le 02 décembre 1999 ...ATOUTS : potentialités économique et "ratio" favorable |
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