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Les États-Unis d’Afrique : réponse à la mondialisation

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"Surmonter ses divergences pour assurer l'avenir de ses enfants..."

Le monde change. Avec ce changement, les rapports entre les partenaires des différents pays prennent d'autres configurations, selon le continent. Dans ces nouvelles configurations, toutes les entreprises du monde sont (presque) à la même enseigne. Par l'euro interposé, l'Union Européenne harmonise les échanges commerciaux et la fiscalité. Elle engage les entreprises européennes à la concentration pour faire face à la concurrence internationale des zones monétaires et financières outre-Atlantique, de l'ALENA et celles des pays du Sud-Est asiatique, l'ASEN.

Le panafricanisme, une utopie dynamique, qui doit allier volonté des politiques politiques et enthousiasme des citoyens.

A cette réorganisation de l'économie au niveau mondial, quelle attitude l'Afrique doit elle avoir par rapport au dollar, à l'euro et au yen, sachant qu'avec l'entrée en vigueur de l'euro en 2002, l'évolution du franc CFA est posée ? (Cf. « Le franc CFA et la mondialisation In Mémorandum : relance économique et démocratie publié par le C.D.R.C. Paris, Mars 1998. ») Il est impératif de ne plus se voiler les yeux. La dévaluation de 1994, décidée de façon unilatérale, doit servir d'exemple. A cette situation nouvelle, le Panafricanisme, qui représente un espace et un projet identique à l'UE, à l'ALENA et à l'ASEN, constitue la réponse adéquate à la mondialisation.

Nouvel espace et nouveau projet, le Panafricanisme est d'actualité. Il ne doit pas être condamné à rester au niveau de l'idée. En rendant effective la création de la Banque Centrale Africaine il est possible d'effectuer la synthèse entre l'unité politique panafricaine et l'unité économique graduelle, piliers du marché émergent africain. Cette synthèse n'aurait un sens que si elle atteint l'objectif principal : l'Union Africaine comme force politique et pivot de la Nouvelle Afrique qui devra engager les Etats africains à se construire en Etats-Unis d'Afrique.

Les guerres que l'on a pu observer en Europe, en Asie ou dans d'autres pays latino-américains peuvent être considérées comme conséquences de situations économiques et d'intérêts stratégiques divergents.

Le niveau de vie des citoyens américains a atteint un certain point. Les Etats-Unis, en se proclamant gendarmes du monde, imposent à leur gouvernement une obligation fondamentale : maintenir ce niveau de vie, d'une façon ou d'une autre, par une croissance continue de tous leurs secteurs d'activités économiques à travers le monde et à tous prix.

De son côté, la France avec l'Europe, essaie de conserver, par l'exception culturelle, son influence sur le continent africain, par une politique qui ne tient pas compte de la place que pourrait avoir l'Afrique dans la mondialisation. La persistance dans la logique de cooptation et d'entretien des présidents africains est la seule alternative que propose l'Europe pour contrer la pénétration croissante des Etats-Unis en Afrique.

La France n'ayant plus les moyens de sa politique de coopération classique, il devient urgent et nécessaire de définir les nouvelles modalités d'un partenariat et d'une coopération d'un type nouveau, plus efficace et plus solidaire à l'échelle européenne. L'Afrique ne peut laisser indifférents les gouvernements du Nord et ce, quelle que soit la nature du pouvoir en place : l'Afrique est un marché prometteur.

Ici et là des conflits sans intérêt économique pour l'Afrique éclatent pour, soi-disant, la sécurité des frontières. Ces conflits saignent à flot le continent de ses ressources humaines qui constituent sa véritable richesse. Force est de constater qu'avec les nouveaux outils de communication et d'information, les frontières sont entrain de devenir virtuelles. Elles n'existent plus que dans la tête de ceux qui n'ont pas préparé leur population et leurs moyens de production à l'ère de l'internet.

La réalisation de la synthèse entre l'unité politique panafricaine et l'unité économique graduelle, par la création de la Banque Centrale Africaine, permettrait de favoriser un accès honorable aux populations africaines, à la mondialisation.

Il est indispensable que les chefs d'Etat africains se retrouvent sur l'essentiel : la dette publique globale pour l'Afrique s'élève à plus de 285 milliards de dollars US.

Comment maîtriser cette hémorragie ? La construction de l'Unité Africaine, reposant sur la promotion de nouvelles valeurs permettra de préparer un espace et un projet capables de réduire le décalage entre l'Afrique et l'Europe, entre pays pauvres et pays riches. Ce sera la solution adéquate à la réduction de cette dette publique globale.

Cesser les guerres pour le développement de l'Afrique

Nos guerres ne doivent pas être un handicap insurmontable pour:

  • réfléchir aux alternatives favorables
  • examiner les défis à relever
  • mobiliser des ressources financières pour le démarrage de l'économie africaine
  • le développement du continent.

Les guerres qui sévissent ici et là ne sont nullement un handicap insurmontable. Des alternatives existent pour peu qu'on soit décidé à les mettre en place. Les politiques doivent se projeter dans le futur pour offrir des conditions favorables aux démarrages des économies africaines.

La dernière guerre mondiale, qui avait détruit une grande partie des pays européens, nous a montré l'exemple. Pour la reconstruction de ces pays, les Etats-Unis ont mis en place le Plan Marshall. Cette aide favorisa les conditions de relance de l'économie européenne. Quels que soient les pays qui ont connu les guerres, civiles ou non, une phase de redémarrage est nécessaire si elle passe par une prise en compte des secteurs financiers et économiques.

Pour l'Afrique, la Banque Centrale Africaine pourrait soutenir l'essor des secteurs économiques et financiers en se posant comme Fonds de garantie pour les investisseurs. Cette Banque deviendrait l'interlocuteur privilégié facilitant les transactions avec l'Europe, le FMI et la Banque Centrale Européenne.

Il est vain de croire qu'à la fin des guerres qui sévissent actuellement en Afrique, la stabilité et la confiance s'installeront d'elles-mêmes sans l'appui d'un fonds de garantie solide. En ce sens, l'Unité Africaine constituerait la structure morale nécessaire à la réalisation de la Banque Centrale d'Afrique.

Les Etats-Unis, l'Union européenne, les pays du Sud-Est asiatique sont, d'une façon ou d'une autre, des fédérations d'Etats. L'Afrique est le seul continent organisé en Etats morcelés, sans liens. Une telle organisation ne répond pas aux objectifs de la mondialisation dont les intérêts sont devenus supranationaux et mondiaux.

Pour une solution appropriée à la nouvelle donne internationale, l'Afrique ne doit pas être en reste. Elle doit faire converger ses politiques vers un intérêt panafricain.

Rester chez soi en Afrique du Nord, du Sud, de l'Ouest, en Afrique Centrale ou Orientale, c'est rester au bord de la route. Unie, l'Afrique saura promouvoir un nouveau mode de fonctionnement économique dans un espace et un projet respectant les valeurs culturelles, humaines et sociales. Cette Afrique, celle de demain, est l'affaire de tous les Africains.

Cette Afrique nécessite qu'on s'implique davantage pour concrétiser cette volonté de prise en charge et de reconnaissance des intérêts africains.

Qu'il s'agisse de la conférence de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Seattle ou de la redéfinition des Accords de Lomé à Bruxelles, régissant la coopération de l'Europe et des Pays ACP, il convient d'intégrer dans ces échanges des volets monétaires et financiers compatibles avec les intérêts occidentaux et africains.

La constitution de la Banque Centrale d'Afrique, pivot de l'Union Africaine et de la réalisation des Etats-Unis d'Afrique, est la seule réponse crédible face à la mondialisation.

 

Modeste BOUKADIA-LOUTAYA.

Paris, le 19 décembre 1999

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