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Union Africaine : quelles perspectives pour quelle ambition ? |
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A l'approche d'un premier demi-siècle d'indépendance et de souveraineté des Etats de l'Afrique francophone des années soixante et de la fondation de l'organisation panafricaine en 1963 par les Pères fondateurs, l'on peut s'interroger sur le rôle de celle-ci, surtout depuis sa transformation en Union Africaine depuis l'an 2000, en tenant compte qu'une telle Union est avant tout celles d'Etats souverains. Quel bilan depuis sa création et comment concevoir des Etats-Unis d'Afrique dans le cadre du principe de souveraineté appliqué à ses membres ? Disons d'emblée, qu'à ce jour, les résultats de l'action de l'Union Africaine me paraissent très faibles voire quasiment négligeables ; ce qui en soi ne va pas dans le sens d'une progression du concept louable à terme futur des Etats-Unis d'Afrique. Je ne dis pas cela pour fustiger ses dirigeants actuels ou passés, loin de là ma pensée, mais pour faire progresser ce noble objectif dont il s'agit d'en comprendre sa nécessité devant la transnationalité mondiale ; car une Union des Etats souverains d'Afrique, en parallèle avec l'Union des Etats souverains d'Europe et l'Union des Etats-Unis d'Amérique pourquoi pas étendue au continent, voire un jour l'Union des Etats-Unis d'Asie, suggère, par généralisation, d'envisager un jour une confédération de ces dites Unions qui sera ni plus ni moins la gouvernance mondiale voire les Nations Unies ! Pour comprendre où nous en sommes et déterminer ce qu'il nous faut vraiment faire dont on soit assuré d'un résultat effectif et équitable pour tous, il nous faut remonter loin l'Histoire. Je ne veux pas faire ici un cours détaillé, mais il est toutefois nécessaire de rappeler quelques remarques qui transcendent les âges et formatent plus que jamais notre devenir actuel à tous. D'abord les Etats d'Europe n'ont véritablement formalisé progressivement leurs frontières qu'au cours du 19ème siècle afin d'établir des zones géographiques fixes et stables où puisse s'exercer leur souveraineté au moyen de juridiction particulière à chacun, ce qui est le principe même de toute souveraineté qui en soit une vraie et qui s'oppose à la confédération.Cette constitution de frontières était en soi à l'époque la réponse progressive à une première mondialisation du fait de l'explosion du commerce due à la navigation à voile et à vapeur. Il s'agissait pour chaque Nation, au moyen de son Etat central, de se constituer un marché intérieur qui ne soit pas en permanence déstabilisé par le commerce exogène des apatrides ; ce qui fut l'origine même de l'amélioration continue de la qualité de vie de ces Nations. Mais conséquences normales entre commerçants purs et durs, les Etats d'Europe ont fait du reste du monde leur pré carré se le partageant non pas de gré à gré, mais parfois de façon musclée. C'est ainsi qu'il en résultât pour nous Africains aux ethnies de contours géographiques très informels une division au cordeau formalisée par le traité de Berlin qui est en soi l'acte de naissance de nos Etats modernes issu de l'Indépendance relevant chacun à l'origine de tel ou tel Etat central d'Europe et dont la conséquence fondamentale en est la langue que l'on parle. Une seconde vague de mondialisation du commerce vit le jour après le traité de Berlin et se termina dans le sang avec la première guerre mondiale entre les protagonistes commerciaux. La troisième apparut après le traité de Versailles et agonisa dans la seconde guerre mondiale. C'est l'époque où fut créé la City financière offshore de Londres par rapport à l'Angleterre et au reste du monde, avant les années trente, et mis en place le secret bancaire suisse en 1934.Après trente ans d'une prospérité et d'un progrès indéniables pour tous dus essentiellement à l'application des préceptes macro économiques formalisés par John Maynard Keynes dans sa Théorie Générale parue en 1936, un coup d'arrêt brutal fut instauré en 1974 par le Système bancaire transnational qui ne voulut voir dans les monnaies qu'un système de conservation de droits antérieurement acquis, et non plus de répartition naturelle des biens et des services. Et tout ce qui est fait tant dans le monde depuis 1974 jusqu'à nos jours, avec cette quatrième mondialisation où les centres financiers sont offshorisés par rapport aux juridictions de tous les Etats souverains du monde, résulte de ce dogme financier introduit bien subrepticement. Au début du 20ème siècle, l'Europe se voulait la puissance financière canalisant l'économie mondiale. Ce projet n'a pas été tenté sans drames autour des années trente. Que de sang a été versé inutilement pour asseoir la domination financière sur les peuples au moyen de crises économiques et de guerres entre peuples. Sous la pression de ceux-ci, vainqueurs et vaincus, tous sortis exsangues de la guerre, Winston Churchill proposa en 1946 à Zurich, l'idée « d'une sorte d'Etats-Unis d'Europe où régnerait paix et prospérité de l'Atlantique à l'Oural ». On peut voir là la main invisible du maître à penser de John Fitzgerald Kennedy, à savoir Keynes qui nous quitta en 1946 et à qui l'on doit les « trente glorieuses » dont on recherche encore le secret.Par la suite, des hommes politiques européens de tous les horizons ont travaillé dès 1948 à la construction d'un espace régional ouvert, dynamique et prospère sur la base du volontariat et d'intérêts économiques communs. Il s'agit entre autres de Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, Paul-Henri Spaak et Alcide De Gasperi. Ces « pères fondateurs » sont à l'origine du traité de Rome de 1957. Ils vont initier une nouvelle ère pour l'Europe qui devait transformer les fragilités respectives des Etats en atouts communs. On voit, depuis 1946, une continuité et un progrès de la pensée politique sur cette idée « d'Etats-Unis d'Europe » émise pour la première fois par Victor Hugo, et qui n'a jamais été mise en cause par les alternances politiques à la tête des différents Etats des pays européens. Cette Europe de la Paix à laquelle certes manque la qualité de vie homogène indispensable à une véritable union entre Nations sans frontières et qui est la raison fondamentale de l'opposition des peuples européens, peut-elle servir de modèle à l'Union Africaine et aux peuples souverains d'Afrique qui ont tant été divisés, d'abord par la colonisation, et ensuite par les différentes dictatures post indépendances ? Quel souffle nouveau, nous les hommes politiques africains devrons-nous insuffler à l'Union Africaine vis-à -vis de l'idée de créer les « Etats-Unis d'Afrique » pour qu'elle prenne toute sa place dans le jeu politique international ? Une idée qui remonte déjà aux années 1960, il y a un demi-siècle, avec la naissance des Etats nouveau-nés africains dont les chantres furent entre autres Kwame Nkrumah du Ghana, Julius K. Nyerere de Tanzanie et Jomo Kenyatta du Kenya. Leur détermination à oeuvrer « pour l'unité et la solidarité de l'Afrique » conduisit à la fondation de l'OUA en 1963, puis à sa mutation en Union Africaine en l'an 2000. Aujourd'hui, où en sommes-nous avec cette formidable vision de l'unité africaine qui placerait l'Afrique en position de partenaire mondial incontournable ?Si l'on remarque l'état de démantèlement, de dislocation, de guerres fratricides qui déchirent notre continent, l'on peut dire que nous sommes loin du compte. Le bilan dans son ensemble se traduit par un échec très cuisant. Le constater et l'accepter, c'est nous donner la force pour rebondir. Par contre s'en offusquer, c'est à coup sûr se regarder le nombril, se voiler la face comme le ferait l'autruche en mettant sa tête dans le sable et oubliant que c'est pour mieux s'étouffer. Aujourd'hui, le navire Afrique est toujours à quai et prend l'eau de toute part. Où se trouve la faille ? Est-ce dans l'objectif même de la naissance de l'organisation panafricaine comme les pères fondateurs de l'OUA le déclaraient eux-mêmes que « Nous sommes nés par protestation et par révolte contre l'état des choses » ? C'est peut-être là les limites implicites de notre impuissance car il est bien facile de faire une Union contre des facteurs exogènes, mais beaucoup plus difficile d'en faire une véritable pour s'entraider à se construire soi-même. Et ce n'est pas en changeant de colonisateur à qui faire allégeance que la situation endogène de nos régions évoluera vers une situation de pleine souveraineté pour tous nos pays si divisés ! Face aux enjeux de cette quatrième mondialisation, les hommes politiques africains doivent prendre le problème à bras le corps pour devenir dignes des pères fondateurs en se rendant compte que le monde extérieur ne s'intéresse pas aux Africains pour eux-mêmes, mais à l'Afrique en sachant que notre présence les indispose. Il suffit pour nous d'en avoir pleinement conscience et d'agir en conséquence d'égal à égal dans nos têtes et nos actes ! Dire et redire l'évidente abondance et variétés des ressources de notre sous-sol géologique et de la flore et de la faune qui le recouvre, en stigmatisant l'anormale qualité de vie du génome humain concomitant, relève plus des plaintes de Juliette face au marquis de Sade. Plus nous pleurerons, plus celui-ci se réjouira ; car tout mettre en oeuvre pour la qualité de vie africaine n'est pas son problème. Il considère que tout dépend de la façon dont nous dépensons ce qu'il daigne nous allouer ; et tant pis si nous n'avons pas la volonté de nous auto construire !Le fait que l'OUA soit devenue l'UA a-t-il changé vraiment quelque chose pour l'Afrique et les Africains ? A en douter car cela se verrait ! Pourtant beaucoup d'Africains y avait mis tant d'espérance pour voir évoluer les actions des hommes politiques pour un mieux être. Il est vrai que le fait que l'OUA ait enlevé le « O » était un moment privilégié pour amorcer un changement en profondeur du fonctionnement de l'organisation panafricaine. Mais hélas, les vieux réflexes ont vite repris le dessus ! L'intérêt particulier a prévalu sur le général. Les citoyens africains ont été écartés de l'UA pour qu'elle reste un « club » pour la protection des hommes politiques ! Oui, à la vérité, on peut dire qu'on est très loin du compte car beaucoup d'Africains y avait cru comme le prouve les nombreuses propositions concrètes faites pour que l'UA joue son rôle de catalyseur pour l'émergence de la société civile africaine, entrepreneuriale et sociale. Parmi ces propositions, on peut citer des sujets tels que la réalisation de la Banque Centrale d'Afrique avec la mise en place d'une monnaie unique, ou encore des projets qui consistaient à favoriser des rencontres entre sociétés civiles des pays d'Afrique en vue d'échanger leurs expériences, et tant d'autres projets. Mais aujourd'hui, avec l'expérience de la création de la Banque Centrale Européenne qui, de fait, est offshore par rapport aux juridictions de toutes les Nations souveraines de l'Europe, s'impose la conclusion sans appel que la souveraineté s'exprime fondamentalement au travers d'une banque centrale liée à une diplomatie et des forces armées, banque qui n'est qu'un outil de répartition aux mains des hommes élus pour gouverner le pays. Une banque centrale, par définition, est toujours interne jamais externe ! D'ailleurs, comment répartir l'émission de nouvelle masse monétaire entre pays différents ?Pour que les Africains ne fuient plus leurs pays, les terres de leurs Ancêtres, il devient plus que jamais impératif pour toute la communauté internationale d'auto construire les marchés intérieurs de chacun de ces pays souverains interconnectés en « Etats-Unis d'Afrique » comme le souhaitait Cheick Anta Diop : « Vous les jeunes, vous êtes condamnés à faire l'unité africaine, autrement, vous vivrez l'enfer sur cette terre d'Afrique » ; mais comment concevoir cet ensemble politique ? Faut-il abandonner les souverainetés nationales aux mains d'apatrides africains ? Aujourd'hui, l'idée des « Etats-Unis d'Afrique » est une incantation voire une coquille vide parce qu'en ajoutant zéro à zéro on obtient toujours zéro. L'espoir de la jeunesse d'Afrique et la réalisation du rêve des pères fondateurs de l'OUA supposent l'Union de pays développés. Notre rôle politique est de tout mettre en oeuvre pour que les jeunes Africains s'épanouissent sur leur terre d'Afrique. Mais à la condition expresse que cette idée généreuse des « Etats-Unis d'Afrique » s'associe concomitamment à la création de marchés intérieurs dans chacun de nos Etats africains souverains. Alors, l'on sortira des incantations telles que « l'Afrique doit être unie ou doit aspirer à la paix ». L'unité de l'Afrique dépend directement de la construction de ces marchés intérieurs et de leur viabilité. C'est la clé de voûte de la paix dans la concorde et la coopération réciproque des Etats souverains et unis au sein de l'UA. Se tourner vers les économies extérieures à l'Afrique, généralement sources de désordres sociaux en tout genre, pour leur demander de construire à notre place ces marchés intérieurs, est une pure hérésie. Construire nos Etats sur des assises extérieures, c'est faire l'aumône en nous remettant à la bonne volonté d'autrui en le stigmatisant pour le cas où il n'accède à notre mendicité. C'est abandonner notre souveraineté et notre dignité ! Aux dirigeants africains d'organiser ce troc matières premières contre équipements via un nouveau système monétaire où les nouvelles parités ne seront plus arbitraires, mais sous la dépendance de caractéristiques intrinsèques à tous les marchés intérieurs, et plus particulièrement de ce qui est effectivement comptabilisé localement comme revenus en tant que coûts participant de tous les prix de revient intérieur. Cette mise en place des marchés intérieurs sera à l'origine de l'essor de la société civile en Afrique. Les hommes politiques n'ont pas à s'effrayer de cette dernière puisque ce sont à eux de construire le cadre financier intérieur, et que de la prospérité en naîtra une reconnaissance indéfectible envers eux comme Pères de la Nation souveraine ayant enfin initié la bonne qualité de vie ! Je me souviens de la lettre que nous avions adressée, avec Ibrahima Signaté, le 22 octobre 2003 à Alpha Oumar Konaré, alors président de la commission de l'Union Africaine. Cette lettre au titre évocateur « Bousculer les conservatismes » montrait l'ambition du rôle que les Africains voulaient faire jouer à l'organisation panafricaine. Mais à la réflexion, le peut-elle vraiment ? N'est-ce pas nous, tous les Africains, qui reportons sur l'organisation exogène tout ce que l'on ne peut faire à l'endogène dans nos Nations souveraines ? Donc, je crois très sincèrement qu'il n'a rien manqué à l'UA pour jouer pleinement son rôle parce qu'en tant qu'organisation extérieure à nos Etats, elle n'a aucun réel pouvoir juridique, législatif et exécutif pour contraindre les Etats membres. En fait, c'est au mieux un comité des Sages aux voeux pieux qui pour le mieux sont sensés ne pas être écoutés ni suivis. Quant bien même l'UA eût été un club de bon aloi sensé donner son aval quant à intégrer telle ou telle personnalité arrivant au commandement suprême de tel ou tel Etat, c'eût été vu du point de vue de chacun comme de la simple ingérence au nom du principe de souveraineté des Etats. Et même si notre club panafricain eût édicté une règle stricte de non reconnaissance des auteurs de coups d'Etat en les excluant de l'Union Africaine jusqu'au retour de leur pays à la légalité constitutionnelle par le biais d'élections libres et sincères, que voulez-vous que cela fasse à l'exclu le plus souvent mis en place avec l'aval de puissances exogènes à l'Afrique ? Que les militaires putschistes ne soient plus jamais candidat serait vraiment bien si toute la communauté internationale y souscrivait, mais serait contraire au principe de souveraineté ! Donc, là aussi, c'est un voeu pieux au nom des bons sentiments car contraire au droit ! On peut toujours au nom de principes dogmatiques sanctionner, menacer ou condamner de la manière la plus ferme tout Président qui, sous les prétextes de "démocratiquement élus", exerce de manière dictatoriale le pouvoir. Mais aucune décision ne peut être suivie d'effet dans la mesure où l'UA est dénuée de réel pouvoir exécutif. Certes, elle peut toujours ne pas cautionner les dérives et les excès d'hommes d'Etat de pacotille, incompétents notoires, qui subissent les évènements en provoquant de graves blocages politiques et économiques. Dans cette direction, les attentes des populations africaines sont nombreuses, comme est grande leur impatience. Mais que faire réellement au nom de l'UA sans porter atteinte au principe de souveraineté, un principe protégeant chacun de nos pays souverains contre la tentation de certains régimes peu scrupuleux d'envahir ses voisins en craignant la réprobation mondiale ? La contagion des coups d'Etat auxquels on n'assiste ne résulte pas d'un certain laxisme, voire une indulgence coupable de la part de l'UA, mais de certains commanditaires exogènes à l'Afrique manipulant les putschistes potentiels pour mieux accéder aux matières premières. Le coup d'Etat est une option dramatique car l'image d'instabilité chronique qu'il renvoie ne facilite pas les rapports de l'Afrique en général avec les autres peuples du reste du monde. Comment faire pour s'en sortir sans mettre en danger le principe de souveraineté ? L'aspiration de l'OUA fut le panafricanisme, c'est-à -dire tendre au développement de l'unité et de la solidarité africaine. Si quelque chose a manqué à l'UA pour jouer pleinement son rôle, c'est la compréhension d'abord de ces deux notions. Unité et solidarité d'abord au sein de chaque pays pour faire émerger la volonté de chaque habitant du pays à vivre ensemble avec ses propres compatriotes. Comment réaliser l'unité et la solidarité africaines lorsque chaque pays est divisé en son sein ! C'est là , à mon avis, un aspect que l'UA doit prendre en compte. Lorsque chaque citoyen d'un pays aura intégré son appartenance pleine et entière au sein de sa propre communauté, sans asservir les autres ethnies vivant en symbiose avec lui dans le même espace, cette unité et cette solidarité pourront alors s'étendre en premier lieu aux pays immédiatement voisins, puis à l'Afrique entière en tant que continent. Autrement dit, commençons par une unité et une solidarité locales dans nos propres pays souverains entre nos différentes ethnies avant d'ambitionner l'unité et la solidarité globales. Nous devons nous inspirer de l'expérience européenne en matière d'Union avec ses succès, mais aussi ses insuffisances qui bloquent la finalisation du projet initié aussi depuis 50 ans. Je crois qu'il n'existe pas diverses manières pour réaliser une Union véritable. Je crois qu'il en existe au moins une et qu'elle est unique, un principe d'unicité qui conduit à l'universalisme que nous, responsables politiques Africains, devons étudier par l'observation de ce qui est en matière d'Union en Europe. Cela nous économisera du temps et bien des déboires à terme. Les promoteurs de l'émergence de cette autre UA seront nos jeunes Africains qui doivent impérativement intégrer dans leur façon d'être et d'agir le triptyque essentiel : pensée, verbe, action et ce d'autant qu'ils sont tous conscients qu'ils vivent sur un continent dont le sous-sol est abondant en matières premières convoitées par les Nations externes à l'Afrique. Le seul danger pour nos élites dirigeantes africaines anciennes et nouvelles, c'est de céder à la facilité en se comportant en régisseurs du domaine vis-à -vis des Nations externes en engrangeant à leur seul profit les devises qu'ils reçoivent en échange et qui ne peuvent jamais se dépenser sur les marchés intérieurs de nos pays puisque toutes ces devises n'y ont pas un cours légal ! La jeunesse africaine dorée, qui gère en col blanc les ressources autochtones se faisant payer en devises à Londres ou à Paris sans qu'on ait une claire transparence des transactions, peut-elle encore se prévaloir du qualificatif d'Africain ? Disons qu'ils le sont d'origine, mais plus dans la vie quotidienne où ils font partie de fait du pays où ils vivent en apatrides dépensant les devises dont ils se réservent pour eux seuls la jouissance. C'est ce qui incite la jeunesse africaine pauvre à quitter notre continent pour chercher fortune croyant que la réussite vient du pays d'accueil alors que le nanti l'est par ce qu'il s'octroie des recettes du pays d'origine ! Enfin, l'autre poison qui détruit de l'intérieur notre Afrique, c'est la course au leadership des dirigeants qui se comportent en véritables "co-épouses" se voulant être le plus « Vieux » ou le plus « Ancien » ou encore le plus « Sage » des chefs d'Etat qui doit avoir son pré carré alors qu'on s'accorde à condamner tous les exogènes considérant le continent noir comme le leur ! Qui mieux que l'un des pères fondateurs de l'OUA peut nous éclairer ? Julius K. Nyerere en son temps plaida pour une approche plus graduelle avec mise en place d'entités régionales devant servir de fondements à l'Union Africaine. L'union du Tanganyika et du Zanzibar, qu'il initia en 1964 donna la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC). En Afrique de l'Ouest, nous avons la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO) ; en Afrique Centrale, il y a eu l'Union Douanière des Etats de l'Afrique centrale (UDEAC) à laquelle succéda la Communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC) qui pourrait donner naissance à une nouvelle Union d'Afrique Equatoriale (UAE). Si l'on veut réaliser nos ambitions en matière de qualité développée et homogène de vie locale, je pense que l'UA doit favoriser l'essor de ces entités à l'intérieur desquelles chaque pays doit agir de manière volontaire afin d'associer nos efforts pour faire émerger chaque Nation par une politique de grands travaux communs et de développements intérieurs tous simultanés. D'ailleurs, ces entités méga régionales sont très certainement les structures politiques les plus adaptées pour créer et coordonner les travaux d'intérêts communs qui dépendent fortement des caractéristiques géographiques et climatiques à peu près homogènes dans chacune de ces méga entités régionales, mais pouvant être très différentes les unes par rapport aux autres. Ce fut le cas de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) et de l'Afrique Occidentale Française (AOF). L'UA, prise comme fédération ou confédération d'entités méga régionales africaines, se verra de fait comme l'organisme traitant des questions globales qui transcendent tous les particularismes des Nations africaines dans le cadre de leurs liens avec les Nations exogènes. Cela n'est pas une vue de l'esprit comme je l'ai déjà dit par ailleurs. Par exemple : la viabilité d'une entreprise dépend toujours des hommes, dirigeants comme personnels, et surtout de leur compétence. Si l'on souhaite que la jeunesse africaine qui doit promouvoir l'Unité africaine y arrive, c'est le mérite que l'on doit primer avant tout, et non pas le népotisme et la corruption ; car ce n'est pas un jeu. C'est de notre réussite qui est en cause, car il s'agit avant tout de lutter en permanence contre les éléments de la nature pour assurer une qualité de vie et défendre notre pré carré contre l'invasion des sirènes des mers du Nord et de Cipango. S'il en est ainsi pour toutes entreprises particulières, c'est d'autant plus vrai pour toutes les structures politiques qui ont pour vocation de construire le cadre de la cité (polis) sans lequel aucune entreprise ne peut exister ; car faut-il encore soigner, éduquer, former les hommes, et construire et entretenir les structures générales que vont utiliser les entreprises particulières ! Les actions à entreprendre ne sont pas insurmontables. Il nous faut mettre en lice des personnels adéquats et compétents, et surtout des chefs d'entreprises ayant la pugnacité et la maîtrise des fonctions de manager pour favoriser l'émergence de femmes et d'hommes de parole capables de mener des actions et des activités de longue haleine jusqu'à la réussite et qui sachent passer le témoin aux générations qui suivent. Voilà très certainement ce qui fait aujourd'hui défaut à l'Afrique. Ce n'est pas tant d'hommes et de femmes en col blanc bardés de diplômes et privés d'action concrète, mais de femmes et d'hommes pragmatiques qui occupent le terrain avec efficacité et sans complexe. Sans cela, c'est le dépôt de bilan. Comme dans une entreprise bien gérée, que chacun d'entre nous occupe avec compétence son poste ou sa fonction et n'intervienne nullement à la place qui ne serait pas la sienne sinon c'est rapidement la cacophonie et la chienlit généralisées ! Pour l'UA, comme pour les Etats africains, le rôle essentiel est de donner les moyens à la population de s'organiser en société civile viable laquelle doit relayer les décisions prises en définitive par les gouvernements des Etats des Nations souveraines africaines sur éventuelle recommandation des méga structures politiques tant méga régionales que panafricaines telle l'UA, voire mondiale par le biais des Nations Unies. Il est vrai que l'UA souffre du fait de la divergence entre les intérêts personnels des hommes politiques s'occupant les uns de l'UA en super technocrates déconnectés des réalités du terrain, et les autres du pilotage effectif des Etats souverains, c'est-à -dire de ceux qui ont les mains dans le cambouis quand ils en ont. En définitive, il nous faut toujours revenir aux fondamentaux : c'est le principe de souveraineté des Nations gouvernées au moyen de leurs Etats qui primera toujours en dernier ressort. Les délégués des Nations souveraines confédérées dans l'UA n'ont de compte à rendre qu'à leur propre gouvernement respectif car leur rôle est d'établir des accords inter gouvernementaux. C'est aux Chefs d'Etats africains à qui il revient de donner le ton au club des confédérés qu'est en définitive l'UA ; ce dernier pourra jouer son rôle primordial de défendre les intérêts fondamentaux africains auprès d'instances internationales. Autrement dit, la crédibilité de l'UA passe par celle de chaque exécutif ; et chaque exécutif sera toujours en dernier ressort l'apanage des gouvernements souverains comme conséquence du principe de souveraineté. Si l'on regarde bien, tout cela n'est pas très loin de notre tradition séculaire, celle des conciliabules. Peu importe le temps que cela va prendre, nous devons arriver à trouver une solution qui permette aux différents intérêts de trouver une plate-forme commune. Sans cela, ni unité ni solidarité africaines. Une fois de plus, l'Afrique doit s'inspirer de l'expérience de l'Europe ou des Etats-Unis voire du Canada en matière d'intégration d'Etats en Union car se pose à chaque fois l'application du principe de souveraineté des Etats. Aux Etats-Unis l'appellation d'Etat est quelque peu abusive car, par définition, un Etat présente toujours la caractéristique intrinsèque de souveraineté, ce qui n'a jamais été le cas pour ceux des Etats-Unis. Au mieux, ils s'assimilent à des départements ou des régions à la française voire encore des lands germaniques ou des comtés anglais ou tout simplement nos dix régions du Congo. Seul l'Etat fédéral est vraiment un Etat au regard du principe de souveraineté même si le droit dans chacun de ces pseudo-Etats est quelque peu différent, mais toujours soumis au droit fédéral de l'Union. Il en est de même pour le Canada. Aussi, ces deux Etats qui se veulent fédéral sont plutôt des Etats uniques achevés de pleine souveraineté et n'ont d'Union que le nom car qui commande la fédération a les pleins pouvoirs exécutifs et le droit fédéral. On verrait mal la sécession d'un Etat quelconque sans que l'Etat fédéral fasse intervenir les troupes fédérales au nom de la démocratie et de la majorité contre de tels sécessionnistes. Aussi, c'est l'Europe et l'Afrique qui se ressemblent le plus en ce sens que ces continents sont constitués d'une mosaïque d'Etats contigus effectivement souverains, ce qui pose la question fondamentale des abandons de souveraineté, et cela à la demande de qui et au profit de qui ? Enfin, quand en mai 1963 les pères fondateurs de l'OUA ont crié qu'ils aimaient l'Afrique, était-ce une façon de demeurer libre et honnête chez soi à la façon de Guillaume du Bellay : « plus mon petit Liré que le mont Palatin » se justifiant par la clause efficiente de la souveraineté des Etats et l'intangibilité des frontières car plus le pouvoir est lointain moins l'on est assuré qu'il soit vraiment démocratique ? Et ce n'est pas que l'UA n'ait pas un rôle fondamental de nous garantir des aventuriers endogènes et exogènes stigmatisés par Voltaire dans son article "Patrie" : « Celui qui brûle de l'ambition d'être édile, tribun, préteur, consul, dictateur, crie qu'il aime sa patrie, n'aime que lui-même » alors que l'altruisme doit motiver chaque homme politique. Il est indispensable aussi de ne pas oublier non plus cet autre aphorisme de Voltaire : « Si vous voyez un banquier suisse sauter par la fenêtre, sautez derrière lui, il y a certainement de l'argent à gagner » plus que jamais vrai à ceci près que ce n'est pas seulement les Suisses, mais tous les banquiers. En conclusion, c'est à l'Union de tous les Etats de reprendre la main sur le système bancaire. Voilà l'avenir ! Modeste BOUKADIA Déclaration faite à Paris, le 19 Aout 2008 |


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